Sébastien Castiel

Bien développer est-il un art ?

Fri May 01 2015FR No comment

Ces derniers temps j’ai entendu plusieurs fois que des développeurs passionnés considéraient le développement comme un art. Par exemple, le manifeste de l’artisan développeur parle de “recherche du beau”, par opposition avec ceux considérant le code uniquement dans un processus industriel.

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Je dois dire que je ne me retrouve pas dans cette idée. Cela fait plusieurs années que je fais du développement et j’espère bien en faire encore de longues années. J’adore mon métier, je considère effectivement que le développement web, logiciel, mobile, etc. va plus loin que “pisser du code”. Et pourtant je ne pense pas que du code puisse être “beau”, du moins pas au sens artistique.

Lorsqu’un ingénieur en mécanique a réussi à concevoir un moteur qui réponde à toutes les contraintes qui lui étaient données, avec un coût minimal, qu’il peut se sentir fier de sa création, alors éventuellement il pourra qualifier son œuvre de “belle”. Pour autant est-ce de l’art ? Qu’en est il du chimiste qui qui aurait élaboré un nouveau composé ?

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J’ai l’impression que souvent aujourd’hui assimiler une compétence à un art est une manière de la mettre en valeur, ou au moins de laisser entendre qu’elle demande plus d’efforts et d’expérience qu’il n’y paraît (“l’art de cuisiner”, “l’art de réparer une machine à laver”). Mais en y réfléchissant, concernant le développement, l’assimiler à un art ne le rabaisse-t-il pas en faisant oublier toutes les compétences techniques, relationnelles, d’ingénierie, de veille technologique, etc. qu’il nécessite ?

Car non, développer ne s’apprend pas en un jour. C’est de plus facile aujourd’hui, tant les (excellentes) formations en lignes fleurissent sur le web et même dans les écoles, et c’est très bien. Néanmoins apprendre à construire un produit, en partant de la compréhension du besoin, en passant par les phases de conception, de développement, de tests, de mise en production, tout en ayant à l’esprit le besoin réel de l’utilisateur final et en remettant constamment en question ce qui a été fait, tout cela demande un savoir-faire acquis par l’expérience.

Développeur est un métier formidable, il serait tellement dommage de le réduire au code (comme d’utiliser un compte GitHub comme un CV) ! Oui faire du code propre, lisible, commenté (mais pas trop ;)), optimisé et parfait du point de vue algorithmique est extrêmement appréciable, et surtout nécessaire. Et dans ce cas on peut dire que “c’est du bon code” ou “c’est très bien codé”.

Pour autant, je n’ai pas de code encadré dans mon salon. Pas parce que mon code est mauvais, mais parce qu’il n’est pas beau. Parce que je ne suis pas un artiste, je suis ingénieur.


PS : je ne dénigre pas l’initiative d’Artisan Développeur, loin de là. J’apprécie énormément tout ceux qui souhaitent valoriser le métier de développeur. Les clichés ont la vie dure, et heureusement que certains sont là pour faire comprendre que le développeur n’est pas/plus celui qu’on s’imaginait il y a quelques années.


Photos : Alexander Gounder, Joey Newcombe


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